Avec Toki, on te propose de t’affranchir des normes de genre, gagner du temps et de la praticité, soutenir des initiatives féministes, rejoindre un mouvement… tout en faisant pipi debout ! Un vaste programme qui a toutefois un défaut et on le sait. Avec Toki, encore faut-il pouvoir faire pipi debout.
Alors pour notre quatrième article de blog, on a décidé de mettre un coup de projecteur sur un angle mort persistant : trop souvent les toilettes mais aussi les infrastructures et évènements, dont beaucoup de festivals, restent inaccessibles aux personnes à mobilité réduite.
Eh oui, on parle souvent des toilettes comme d’un détail. Un truc logistique. Un truc qu’on gère vite fait. Mais en réalité, les toilettes, c’est tout sauf un détail. C’est un marqueur, un révélateur. Un endroit où se joue quelque chose de beaucoup plus grand : la dignité. Et la dignité, ce n’est pas optionnel. D’autant que proposer des sanitaires réellement accessibles fait partie d’un enjeu plus large : celui du droit de circuler, de participer et d’être dans l’espace public. Mais voilà, nous vivons dans une société validiste. C’est un fait.
Faire pipi, ce n’est pas un luxe
Pouvoir aller aux toilettes quand on en a besoin, dans un endroit propre, accessible, sans stress, sans honte, ce n’est pas du confort. C’est un droit fondamental.
Et ce n’est pas t’exposer notre opinion que de dire ça. En effet, l’ONU reconnaît l’accès à l’eau et à l’assainissement comme un droit humain essentiel, directement lié à la dignité, à l’égalité et à la sécurité. Pourtant, dans les faits, on est très (trop) loin du compte. Dans le monde, 4,2 milliards de personnes n’ont pas accès à des services d’assainissement sûrs. Et dans des pays comme la France, l’accès réel reste profondément inégal.
Ce qu’on accepte sans le voir
Aujourd’hui encore si tu réfléchis bien, tu peux, comme nous, dresser une liste des trucs qui ne vont pas quand on pense aux toilettes :
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Dans certains lieux, les toilettes sont inexistantes ou insuffisantes ;
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Les sanitaires sont souvent sales ou (parfois) inutilisables ;
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On ne te parle même pas de l’intimité, la plupart du temps absente.
En bref, l’accès aux sanitaires est compliqué voire impossible dans certains lieux. Et le résultat c’est quoi ? On s’adapte. On anticipe. On se retient.
Lire nos 2 premiers articles :
Pourquoi faire pipi debout est plus politique qu’il n’y paraît ? (partie 1)
Pourquoi les femmes attendent plus aux toilettes (et comment y remédier) ? (partie 2)
Sauf que « faire avec », ça veut dire quoi ? Ça veut dire composer avec une atteinte à sa dignité. Et c’est pas ok.
La dignité, ce n’est pas un concept abstrait
Dans les études sur l’assainissement, la dignité revient tout le temps. Et elle est toujours liée à des choses très concrètes :
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Pouvoir répondre à ses besoins sans dépendre des autres ;
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Préserver son intimité ;
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Ne pas être exposé·e à la honte ou à l’humiliation ;
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Pouvoir participer à la vie sociale tout simplement.
Les conséquences sont lourdes quand ces conditions ne sont pas réunies. Perte de confiance en soi, isolement social, renoncement à certaines activités… la liste est longue. Des recherches montrent même que le manque d’accès à des toilettes adaptées peut mener à l’exclusion, la discrimination et aussi des problèmes de santé.
L'accessibilité PMR : un angle mort persistant
Et là, tu l’auras compris, on touche à un point clé. Celui qui nous met PARTICULIÈREMENT en COLÈRE.
Parce que tout le monde ne part pas du même endroit face aux toilettes. Pour les personnes en situation de handicap, l’accès aux sanitaires est carrément un obstacle majeur.
Concrètement, beaucoup de toilettes sont inaccessibles ou mal conçues ou alors carrément fermées ou inutilisables. Sans parler de celles qui sont « faussement accessibles », soi-disant accessible jusqu’à ce qu’une personne en fauteuil roulant se présente par exemple et qu’elle est bloquée par une marche voire deux, un angle trop court, une porte trop étroite.
Une étude montre par exemple que, dans certaines villes, seulement une toilette sur des dizaines est réellement adaptée aux personnes à mobilité réduite. Oui c’est scandaleux et ce n’est pas un « détail technique ». En fin de compte, c’est une exclusion pure et simple déguisée en négligence.
Un problème d’autonomie… et de liberté
Le manque d’accès aux toilettes a des conséquences directes pour les personnes handicapées. Cela génère un état de stress permanent, des stratégies d’évitement, une réduction des déplacements quand ce n’est pas carrément un renoncement à sortir.
Des travaux menés en France montrent que les difficultés d’accès aux toilettes entraînent une limitation de la mobilité et une perte d’autonomie. Et là, on bascule dans autre chose. Parce que ce n’est plus seulement une question de confort. C’est une question de droit à circuler.
Alors qui a le luxe de ne pas y penser finalement ? Toutes les personnes valides. Celles qui peuvent sortir sans penser aux toilettes, aller à un festival, prendre un train ou juste passer une journée dehors à flâner…sans avoir à organiser sa vie autour de ses besoins les plus basiques. Ok parfois, c’est la galère. Mais ce n’est pas juste « une galère » quand l’accès aux toilettes conditionne carrément tes déplacements. Évidemment l’accès à l’espace public se limite.
Un enjeu politique (et pas un détail)
Les chercheur·ses sont très clair·es : les toilettes ne sont pas neutres. Elles reflètent la manière dont une société organise les corps, les usages et les priorités. Et aujourd’hui, ce qu’elles racontent, c’est simple : certains corps sont pris en compte quand d’autres doivent s’adapter.
Penser les toilettes, c’est donc penser l’égalité. Ni plus ni moins. Rendre les sanitaires accessibles, propres, utilisables par tous·tes, ce n’est pas du confort en plus. C’est permettre la participation sociale, garantir une forme d’autonomie et réduire les inégalités.
Et si on veut même aller plus loin, on peut l’affirmer : sans accès aux toilettes, c’est l’accès aux écoles qu’on rend difficile, la difficulté de travailler ou de participer à la vie collective. Certaines études le montrent l’absence d’infrastructures adaptées empêche l’accès à l’éducation ou à l’emploi, et condamne donc certaines personnes à la précarité.
Il est donc grand temps d’arrêter de minimiser le problème ou alors de mettre la poussière sous le tapis derrière de faux semblants de pudeur. C’est une question de droit et il n’y a rien de plus politique qu’un besoin qu’on ne peut pas satisfaire dignement.
Alors chez Toki, on voit les choses comme ça. On le sait, on ne va pas révolutionner l’accès aux sanitaires en un claquement de doigts, ou de Toki (si seulement…on en rêve !). Mais par contre, on ne pense pas seulement un objet. On souhaite s'inscrire dans une réflexion plus large d’autonomie, d’accessibilité et de dignité. Et s’il y a bien un engagement que l’on prend c’est celui de dénoncer systématiquement et coûte que coûte tous les lieux qui ne proposent pas des sanitaires accessibles à toute le monde. Réellement TOUT LE MONDE.
Parce que derrière un geste simple, il y a une réalité, tout le monde ne part pas avec les mêmes conditions. Le vrai problème n’est donc pas d’avoir besoin d’aller aux toilettes. Le problème, c’est quand ce besoin devient un obstacle.
Un obstacle à ta liberté, à ta présence, à ta dignité.
Sources :
- ONU – Droit à l’assainissement et dignité
- APF France Handicap – Accès aux toilettes et autonomie
- Études sur l’accessibilité des sanitaires (ResearchGate / IJERT)
- Travaux en sciences sociales sur les usages des toilettes (OpenEdition / Cairn)
- ONG WASH (Water, Sanitation & Hygiene)