Pour ouvrir le blog de Toki, on s’est dit qu’on allait parler d’un sujet très sérieux. Le pipi. Oui, t’as bien lu : le pipi !
Mais pas n’importe quel pipi. Le pipi debout. Celui qui serait, soi-disant, réservé aux personnes dotées d’un pénis.
Ça parait léger comme sujet ? Détrompe-toi ! Car mine de rien, ce petit geste banal en dit long sur la façon dont nos sociétés organisent et régissent nos corps. Et surtout, qui a le droit de faire quoi avec le sien.
Faire pipi debout, c’est censé être un truc de mec.
Car depuis toujours la règle est simple : les hommes pissent debout. Les femmes assises. Et les minorités de genre galèrent.
Une règle ultra binaire. Aussi bien sur le fait de faire pipi que sur le genre. Et chez Toki, ni l’un ni l’autre nous plait. La binarité ? Très peu pour nous.
Mais d’où sort cette règle alors ? Une chose est sûre, c’est pas un truc qu’on apprend dans les manuels quand on est petit·e. Et pour autant, on le comprend très vite, enfant. Pour quelles raisons ? Les films, les toilettes publiques, les blagues (parfois douteuses), les habitudes… Tout nous dicte ces conduites quand il est question de soulager notre vessie. Car tout renvoie le même message :
Debout = masculin
Assis = féminin et minorités de genre
Ce qui questionne franchement la place que l’on occupe en société et celle que l’on s’autorise à prendre également. Et surtout, c’est comme si tout cela était naturel.
Mais est-ce que vraiment ça l’est quand on sait que l’autrice Simone de Beauvoir écrivait dans Le Deuxième Sexe en 1949, « On ne naît pas femme : on le devient » ?
Autrement dit, beaucoup de choses que l’on croit naturelles sont en réalité apprises socialement…Même la façon dont on utilise nos corps.
Or si on y réfléchit bien, personne ne nous a jamais interdit de faire pipi debout. On ne m’a jamais dit, « Non, toi tu n’as pas le droit de faire comme ça ». Et c’est ça qui est intéressant. Ce fonctionnement des normes. Finalement, il n’y a pas besoin d’interdire, il suffit de rendre certaines choses IMPENSABLES.
Les normes se cachent dans les gestes les plus banals
En 1990, la philosophe américaine Judith Butler explique dans son livre, Gender Trouble, que le genre, « n’est pas seulement une identité », c’est aussi une performance quotidienne.
Un peu comme une série de gestes que l’on répète tellement qu’ils finissent par paraître naturels. Par exemple la façon dont on marche, on s’assoit, on parle, la place qu’on occupe… et du coup, tu l’auras compris, également la façon dont on fait pipi. Et ces façons divergent selon notre genre.
Ainsi, les normes de genre ne vivent pas seulement dans et, en raison, des lois ou de la politique. Elles vivent dans les détails du quotidien.
Ces règles qu’on ne nous a jamais apprises, et qui changent nos vies
Ce qui est fascinant, c’est qu’on nous a jamais formulé clairement ou directement ces normes. Personne ne m’a jamais interdit de faire pipi debout. Et dans ma (notre?) vie ça ne m’a jamais traversé l’esprit !
C’est là toute la force des normes : elles n’interdisent pas, mais elles rendent certaines choses et usages impensables.
Du coup, dans nos vies ça change pas mal la donne : entre les files d’attentes interminables (en soirée, en concert, en festival ou même sur les aires d’autoroute) et l’accès inégal aux toilettes de manière générale ou plus spécifiquement dans certaines situations “nomades” comme sur un bateau, en reportage, sur un plateau de tournage, un chantier ou pour les conducteur·ices de bus.
Lire à la suite dans l’article “Pourquoi les femmes attendent plus aux toilettes (et comment y remédier) ? (partie 2)”
Sources :
- Simone de Beauvoir - Le Deuxième Sexe, 1949
- Judith Butler - Gender Trouble, 1990